Abandon scolaire en Tunisie: Des chiffres alarmants
banalisés par la crise économique et occultés par le ministère de
tutelle
Ce lundi 15 septembre,
des milliers d’écoliers ont, fièrement, porté leurs tabliers et leurs cartables
pour aborder une nouvelle année scolaire. Au même moment, d’autres enfants se
trouvent forcés à porter des tenues de travail après avoir, définitivement,
quitté l’école et basculé dans le monde des responsabilités. Ces jeunes, qui
entament une vie d’adultes prématurée, n’ont pas vraiment le choix. Malgré leur
présence de plus en plus remarquable dans les souks ou dans les ateliers
d’artisans, peu de gens s’en indignent.
Les raisons du décrochage scolaire
L’abandon ou décrochage scolaire sont deux termes qui désignent
« l’interruption temporaire ou définitive des études avant l’obtention d’une
reconnaissance des acquis (diplôme, certificat, attestation d’études,…) de la
part d’une institution d’enseignement. Le décrochage scolaire est généralement
utilisé dans le contexte d’un abandon à l’ordre d’enseignement secondaire alors
que l’abandon scolaire est un terme global qui est utilisé à la fois pour le
secondaire, le collégial et l’universitaire ». Véritable « maladie nosocomiale
de l’école » d’après certains pédagogues, le décrochage « recouvre de multiples
réalités allant de l’ennui sporadique en classe, à la phobie scolaire, en
passant par l’absentéisme». Des études réalisées dans les pays de l’Ocde mais
aussi au Québec ont montré que ce phénomène, apparu au début des années
soixante-dix du siècle dernier, est la conséquence de « la détérioration des
liens entre l’enfant, l’école et la société ». Il est le résultat de la
conjugaison de plusieurs facteurs ayant trait, essentiellement, aux
difficultés d’apprentissage et aux problèmes de comportement qui se trouvent
«amplifiés par des facteurs liés tant à l’école qu’à la famille ». La famille
joue, en effet, un rôle de premier plan dans la réussite ou l’échec scolaire de
l’enfant. Il est évident que l’enfant qui vit dans une famille déchirée
(divorce, orphelinat, violence conjugale, disputes…), souffrant d’un
manque d’affection et de tendresse, ne peut pas s’épanouir dans le milieu
scolaire. Il en est de même des enfants souffrant d’un handicap physique,
mental ou de dyslexie et qui ne sont pas pris en charge par des pédagogues
formés pour. Mais les causes sont encore plus complexes et plus profondes.
Elles sont inhérentes au mode de fonctionnement même de l’école et à sa
capacité d’adapter ses méthodes aux besoins des élèves, à la qualité des
équipements pédagogiques et ludiques et bien entendu à la qualité des
enseignants. Les causes du décrochage scolaire peuvent, également, être liées à
l’environnement social. « Les jeunes en décrochage scolaire appartiennent plus
souvent à un milieu socioéconomique faible ou à un groupe social vulnérable; en
moyenne, le taux de décrochage scolaire en Europe est deux fois plus élevé chez
les jeunes issus de l’immigration que chez les jeunes autochtones; en outre,
les garçons y sont plus exposés ».
Comment
faire barrage à l'échec scolaire
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Entre 1981 et 2015, l’abandon scolaire a
touché plus de 4,3 millions d’élèves en Tunisie d’après les chiffres du
ministère de l’Education. 106.000 élèves ont quitté le système éducatif en 2015
sans diplôme. Des chiffres accablants qui témoignent d’un véritable fléau
contre lequel l’Education nationale veut lutter dans le cadre d’un partenariat
étroit avec le secteur privé et la société civile.
Situation préoccupante et conséquences désastreuses
Le taux de l’abandon scolaire entre le primaire et le collège est
de 10%, a annoncé Bassam Loukil, précisant qu’“il s’agit d’un diagnostic
alarmant dont les conséquences économiques et sociales sont inquiétantes».
En effet, ces jeunes se retrouvent très précocement sur le
marché du travail, sans diplôme, sans qualification et sans aucune aptitude à
répondre aux besoins des entreprises qui, paradoxalement, peinent à recruter, a
souligné le président de la fondation.
L’abandon précoce des études conduit inéluctablement à l’oisiveté,
au repli sur soi, à l’isolement, à la frustration, au désespoir, à la révolte
contre la société et forcément à la délinquance.
Psychologiquement fragilisés et livrés à eux-mêmes, ces jeunes
constituent une proie facile pour les trafiquants, les filières de
l’immigration clandestine et évidement celles de la radicalisation. C’est ce
que Adel Haddad, directeur des programmes au ministère de l’Education, a cité
comme conséquences directement liées à ce phénomène. Et d’ajouter que «ce que
coûte le décrochage scolaire à la société est largement supérieur au coût qu’on
aurait dépensé en éducation ou en formation professionnelle pour ces jeunes».
En Tunisie, nous enregistrons en moyenne 10,5 années de scolarité
par Tunisien, selon Bouzid Nsiri, directeur des études et de planification au
ministère de l’Education: «Les jeunes âgés de 15 à 19 ans qui sont en abandon
scolaire sont majoritairement analphabètes et sans activité. Ce sont surtout
eux les grandes victimes du chômage de long terme», a-t-il expliqué, précisant
qu’il y a une forte corrélation entre cette réalité et la catégorie sociale de
l’élève. «Les filles en zones rurales sont les plus touchées par l’abandon de
la scolarité», a-t-il également affirmé lors de son intervention.


