lundi 10 octobre 2016

Abandon scolaire en Tunisie: Des chiffres alarmants banalisés par la crise économique et occultés par le ministère de tutelle
Ce lundi 15 septembre, des milliers d’écoliers ont, fièrement, porté leurs tabliers et leurs cartables pour aborder une nouvelle année scolaire. Au même moment, d’autres enfants se trouvent forcés à porter des tenues de travail après avoir, définitivement, quitté l’école et basculé dans le monde des responsabilités. Ces jeunes, qui entament une vie d’adultes prématurée, n’ont pas vraiment le choix. Malgré leur présence de plus en plus remarquable dans les souks ou dans les ateliers d’artisans, peu de gens s’en indignent.



Les raisons du décrochage scolaire
L’abandon ou décrochage scolaire sont deux termes qui désignent « l’interruption temporaire ou définitive des études avant l’obtention d’une reconnaissance des acquis (diplôme, certificat, attestation d’études,…) de la part d’une institution d’enseignement. Le décrochage scolaire est généralement utilisé dans le contexte d’un abandon à l’ordre d’enseignement secondaire alors que l’abandon scolaire est un terme global qui est utilisé à la fois pour le secondaire, le collégial et l’universitaire ». Véritable « maladie nosocomiale de l’école » d’après certains pédagogues, le décrochage « recouvre de multiples réalités allant de l’ennui sporadique en classe, à la phobie scolaire, en passant par l’absentéisme». Des études réalisées dans les pays de l’Ocde mais aussi au Québec ont montré que ce phénomène, apparu au début des années soixante-dix du siècle dernier, est la conséquence de « la détérioration des liens entre l’enfant, l’école et la société ». Il est le résultat de la conjugaison de plusieurs facteurs ayant trait,  essentiellement, aux difficultés d’apprentissage et aux problèmes de comportement qui se trouvent «amplifiés par des facteurs liés tant à l’école qu’à la famille ». La famille joue, en effet, un rôle de premier plan dans la réussite ou l’échec scolaire de l’enfant. Il est évident que l’enfant qui vit dans une famille déchirée (divorce,  orphelinat, violence conjugale, disputes…), souffrant d’un manque d’affection et de tendresse, ne peut pas s’épanouir dans le milieu scolaire. Il en est de même des enfants souffrant d’un handicap physique, mental ou de dyslexie et qui ne sont pas pris en charge par des pédagogues formés pour. Mais les causes sont encore plus complexes et plus profondes. Elles sont inhérentes au mode de fonctionnement même de l’école et à sa capacité d’adapter ses méthodes aux besoins des élèves, à la qualité des équipements pédagogiques et ludiques et bien entendu à la qualité des enseignants. Les causes du décrochage scolaire peuvent, également, être liées à l’environnement social. « Les jeunes en décrochage scolaire appartiennent plus souvent à un milieu socioéconomique faible ou à un groupe social vulnérable; en moyenne, le taux de décrochage scolaire en Europe est deux fois plus élevé chez les jeunes issus de l’immigration que chez les jeunes autochtones; en outre, les garçons y sont plus exposés ».

Comment faire barrage à l'échec scolaire

·         Entre 1981 et 2015, l’abandon scolaire a touché plus de 4,3 millions d’élèves en Tunisie d’après les chiffres du ministère de l’Education. 106.000 élèves ont quitté le système éducatif en 2015 sans diplôme. Des chiffres accablants qui témoignent d’un véritable fléau contre lequel l’Education nationale veut lutter dans le cadre d’un partenariat étroit avec le secteur privé et la société civile.



Situation préoccupante et conséquences désastreuses

Le taux de l’abandon scolaire entre le primaire et le collège est de 10%, a annoncé Bassam Loukil, précisant qu’“il s’agit d’un diagnostic alarmant dont les conséquences économiques et sociales sont inquiétantes».
En effet, ces jeunes se retrouvent très précocement sur le marché du travail, sans diplôme, sans qualification et sans aucune aptitude à répondre aux besoins des entreprises qui, paradoxalement, peinent à recruter, a souligné le président de la fondation.
L’abandon précoce des études conduit inéluctablement à l’oisiveté, au repli sur soi, à l’isolement, à la frustration, au désespoir, à la révolte contre la société et forcément à la délinquance.
Psychologiquement fragilisés et livrés à eux-mêmes, ces jeunes constituent une proie facile pour les trafiquants, les filières de l’immigration clandestine et évidement celles de la radicalisation. C’est ce que Adel Haddad, directeur des programmes au ministère de l’Education, a cité comme conséquences directement liées à ce phénomène. Et d’ajouter que «ce que coûte le décrochage scolaire à la société est largement supérieur au coût qu’on aurait dépensé en éducation ou en formation professionnelle pour ces jeunes».
En Tunisie, nous enregistrons en moyenne 10,5 années de scolarité par Tunisien, selon Bouzid Nsiri, directeur des études et de planification au ministère de l’Education: «Les jeunes âgés de 15 à 19 ans qui sont en abandon scolaire sont majoritairement analphabètes et sans activité. Ce sont surtout eux les grandes victimes du chômage de long terme», a-t-il expliqué, précisant qu’il y a une forte corrélation entre cette réalité et la catégorie sociale de l’élève. «Les filles en zones rurales sont les plus touchées par l’abandon de la scolarité», a-t-il également affirmé lors de son intervention.